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Agriculteurs en colère : "Ce n’est pas l’écologie qui diminue leur revenu, ce sont les prix bas et les achats d’intrants"

Daniel Gilbert est écologue, enseignant chercheur au laboratoire de chrono-environnement de l’Université de Franche-Comté, spécialiste des zones humides. Il décrypte pour nous les « contraintes environnementales », causes de bien des maux selon les agriculteurs qui manifestaient la semaine dernière sur l’autoroute A36.

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Mercredi 30 janvier, les agriculteurs bloquaient l’autoroute A36 avec de nombreuses doléances et un gros sentiment de ras-le-bol. Au centre, « les contraintes environnementales » avancées par le président de la FDSEA du Territoire de Belfort Jean-Noël Monnier, qu’il était important de décortiquer, à distance. Daniel Gilbert est écologue et spécialiste des zones humides. Pour lui, opposer l’agriculture à l’écologie est un non-sens qui permet juste d’identifier un ennemi dans chaque camp, de s’épuiser à le combattre, tandis que l’économie libérale fait son lit au détriment des deux.

Les agriculteurs n’arrivent pas à vivre de leur métier, pourquoi selon vous ?

« Le modèle de l’agriculteur en France est celui d’un chef d’entreprise. Il doit labourer, fertiliser, déclarer et rendre compte de chaque action qu’il mène sur son exploitation.

Le métier de la terre est devenu un métier administratif

Le métier de la terre est devenu un métier administratif puisqu’une part importante des revenus de l’agriculteur sont liés à des aides publiques. Le temps où un agriculteur cultivait des pommes de terre, les vendait et en tirait son revenu est révolu. Je comprends que c’est ce que veulent les agriculteurs, donner du sens à la terre et pas aux formalités. Mais les nuisances environnementales sont fortes et le changement climatique ne les aide pas. Les écosystèmes sont épuisés. Au début du XXe siècle, le sol comportait 6 % de matière organique, aujourd’hui 2 %. »

La restauration de zones humides fait bondir les agriculteurs qui s’inquiètent de perdre de la surface agricole, mettant en péril l’autonomie alimentaire, ce risque existe-t-il vraiment ?

« L’Europe a demandé que 30 % des tourbières cultivées redeviennent des zones humides. Ce ne sont pas les 28 000 millions de surfaces agricoles qui font l’objet de cette demande. Il y a 100 000 hectares de tourbières en France et seulement une partie sont des surfaces agricoles. Cela correspond à une partie infime des surfaces agricoles.

Il faut aider les agriculteurs à sortir de l'emprise des intrants qui coûte à toute la société, en pollution de l’eau, en santé humaine, en impact sur la biodiversité

Ce n’est pas l’écologie qui diminue le revenu des agriculteurs, ce sont les achats d’intrants. Pour produire de l’azote il faut beaucoup d’énergie et elle coûte de plus en cher. Il faut aider les agriculteurs à sortir de cette emprise qui coûte à toute la société, en pollution de l’eau, en santé humaine, en impact sur la biodiversité. La Ferme de They à Sorans-lès-Breurey exploite 200 hectares avec 12 salariés. C’est un modèle d’agroécologie qui montre que c’est possible. On peut sanctuariser l’agriculture. »

La restauration et l’entretien des haies sont aussi un point d’achoppement, c’est de la surface cultivable en moins, du revenu en moins. Pourquoi les conserver ?

« Plus les surfaces agricoles sont grandes, plus elles sont en proie à la chaleur et au vent qui assèchent tout. Au fil du temps, le rendement agricole diminue. Il fait de plus en plus chaud. En 2050, Lyon aura le climat de Madrid, Dijon un climat méditerranéen. Les haies retiennent l’eau et cassent le vent, sont des abris pour la biodiversité, produisent de la matière organique dont on manque aujourd’hui.

Les pratiques agricoles influent sur le devenir des gens et on ne peut pas se passer des agriculteurs qui produisent notre nourriture. Mais si le consommateur devait payer un kilo de carottes en conventionnel le prix réel qu’il coûte à la société tout entière, il serait plus cher qu’un kilo de carottes bios qui n’ont pas cet impact environnemental. L’agriculteur qui veut faire ce qu’il veut, sans contraintes environnementales ça change quoi à son revenu ? Les intrants seront toujours très lourds dans ses charges et ses produits toujours vendus à bas prix. Ne nous trompons pas de combat. »

 

Rédigé par Édouard le - Classé dans : Actualité-CR - Mots clés : aucun

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